18.02.2009
"Papa, non, ne pars pas..."
Cette phrase, je l'ai entendu des dizaines de fois...si ce n'est plus... Ce ne sont que quelques mots simples mais qui me font mal à chaque fois.
Car c'est Théophile, mon petit garçon, qui les prononce lorsque je dois repartir... si loin de lui.
J'ai, à chaque fois, beaucoup de mal, à lui lâcher la main et à le laisser.
Essuyer ses quelques larmes qui coulent discrètement sur sa joue est intrinsèquement un vrai crève-coeur.
Mais je ne peux pas faire autrement à vrai dire... Show must go on...
Car Théophile habite loin de moi, avec sa mère à Biarritz, là où il est né...
Il va bientôt avoir 6 ans et le temps passe vraiment très vite.
J'ai vécu avec eux pratiquement les deux premières années de son existence. Enfin, avec eux...
J'étais plus à vrai dire souvent entre 2 avions. Mais j'ai fait des efforts.
Lorsque j'étais là, j'ai pris sur moi, et naturellement, et ai participé activement à tout un tas de choses inédites.
Les biberons nocturnes. Les couches. Les visites normales chez le pédiatre. Les promenades au bord de l'océan pour voir les surfeurs, du côté de la promenade du Prince de Galles. Les premiers pas hésitants main dans la main... On a souvent joué dans le sable tous les 2 au Port-Vieux... On y a fait des galipettes jusqu'à tard en été... dévalisé tous les marchands de glaces des alentours... Et même piquer quelques siestes en cachette dans les cabines rayées en toile à la Grand Plage...

Un vrai père moderne...
Même si le coeur n'y était pas.. Du moins plus... avec Clothilde.
Entre nous, les sentiments se sont délités petit à petit. Déjà sa grossesse l'avait transformé intérieurement... En quelques mois, cette nouvelle responsabilité l'avait changé du tout au tout.. Elle a mûri trop vite... Elle qui jusqu'alors menait une vie de bohème, un peu déstructurée, à mes côtés, a changé... Elle est devenue trop casanière, ordonnée et planificatrice... En plus, elle voulait que je change de mode de vie, que j'arrête mes voyages et que je reste sur Biarritz. Son père m'avait même trouvé un job très sympa.. mais j'ai refusé.
Ce faisant je ne variais pas de ma conduite initiale. Lorsque j'avais rencontré Clothilde, il avait été convenu entre nous que je serais toujours un pigeon voyageur. Elle était totalement d'accord sur ce point et appréciait nos rencontres alétoires et chroniques. Mais avec le temps, elle avait peu à peu changé d'attitude et s'était sans doute trop attachée à moi. Plus que moi en tous cas... J'aurais pu partir à un moment donné -car c'est à cette époque que j'ai rencontré Caroline... -en tout bien tout honneur...- et ne plus revenir mais j'étais bien avec elle.
Et puis c'est à ce moment là qu'elle m'a annoncé ce qui a bouleversé ma vie.
Je me rappelle.
Un petit matin, en petit-déjeunant sur notre terrasse, elle m'a dit, le regard débordant de larmes, qu'elle était enceinte... Je l'ai regardé au fond de ses jolis yeux qui m'avaient souvent fait craquer... et je l'ai pris dans mes bras.. J'étais également fou de bonheur et ce geste m'a aussi permis de cacher l'humidité de mon regard... J'ai un peu moins voyagé à la fin de sa grossesse. Ou du moins je ne m'éloignais pas à plus de 2 heures d'avion. J'étais à ses côtés en plein nuit lorsqu'elle a poussé un cri torturé. J'ai vite allumé la lumière... Elle perdait les eaux.. Théophile n'était plus très loin... On est vite parti à la clinique...
Avec Clothilde, tout ce qu'on avait patiemment construit ensemble s'est évaporé ensuite... Elle s'est beaucoup investie pour Théophile, et j'étais un peu à part de ce duo fusionnel mère-fils. Au fil des mois, j'ai fini par lâcher prise... Nous avons beaucoup discuté... mais nous vivions désormais chacun sur une planète différente... Puis j'ai fait chambre à part... avant de boucler définitivement ma valise un petit matin du printemps 2004... Cela ne me convenait plus... J'ai préféré retrouver ma liberté...
Avant l'arrivée de mon petit homme, je n'éprouvais jamais cette gêne latente... Je faisais ma vie tranquillement, sans stress.
Mais depuis, j'ai moi aussi maintenant une petite boule au fond du ventre.
Désormais, chaque jour loin de lui, je me demande souvent si tout va bien, s'il n'est pas en danger ou s'il ne faut pas que je rentre tout de suite. Vite...
J'ai envie d'appeler à la maison ou à l'école pour savoir si tout va bien mais j'aurais l'air ridicule... Alors j'essaie de penser à autre chose de plus positif..
J'essaie de continuer à écrire, à oublier le présent mais sa petite main est toujours sur mon épaule, invisible, imperceptible et troublante. Théophile m'a changé.
Le pigeon voyageur que je suis a déjà parcouru des milliers de kilomètres. Il en a quelquefois un peu marre de crapahuter par monts et par vaux. Et il n'est pas exclu que très bientôt il décide de rester un petit matin dans sa cage ...




Commentaires
morale de l'hisstoire: un enfant ça ne vous apporte que du bonheur mais ça réveille tellement d'angoisse, de peurs et d'incertitudes...
ça peut paraitre idiot ce que je vais te dire maais pour theophile il vaut mieux que vous soyez heureux chacun de votre coté que malheureux ensemble...
et puis dans quelques années peut être pourras tu l'amener dans certains de tes voyages...
Ecrit par : la virge | 18.02.2009
Dure la séparation... pour vivre avec un divorcé, je sais ce que c'est, et surtout depuis que je suis maman, m'imaginer séparée de mes filles, argh... Ce qui est nouveau, c'est quand mon ainée de presque 6 ans aussi se met à pleurer au départ de sa grande sœur...
Ecrit par : Gwen | 18.02.2009
Une fois qu'on a des enfants on est plus jamais pareil après, les priorités changent et on a parfois du mal à se reconnaître soi-même.
Ecrit par : M'dame Scoffield | 18.02.2009
Le jour où l'on devient parent, rien n'est plus jamais comme avant et même quand les enfants grandissent et qu'ils volent de leurs propres ailes on continue de se sentir responsable.... c'est un poids très dur parfois....Je suis séparée de mes deux grands, je loupe les anniversaires et toutes les petites joies de leur vie, on se parle par MSN, par téléphone, des fois je culpabilise d'être si loin d'eux....
Ecrit par : ysa | 18.02.2009
Le pigeon voyageur ne revient-il pas toujours à son point de départ, instinctivement?
à bientôt
Ecrit par : mistersuperolive | 18.02.2009
C'est étrange comment ton blog évolue , ton écriture aussi
C'est tellement dur de faire ce genre de choix , se séparer , de la mère , de l'enfant , et forcement à celà s'ajoute la pire des maitresses , la culpabilité
j'observe ça chez les pères , ne plus pouvoir faire semblant , rester présent , être là , tout en vivant ailleurs
Tu as lu mon billet du jour , cette famile vivait sous le même toit , ils s'insultaient , se tiraillaient
Il y a plein de moyens de communiquer ,par chance , tu pourras bientôt écrire à Théophile , un petit mot , un message , une pensée , une photo , fais le , n'attend pas que les moments de vie en commun
Dis lui ton manque , et il sait que son père est là , c'est ce qui compte le plus
N'exclues pas pour autant de renoncer à une autre paternité ,rien ne peut te dire de quoi ton avenir sera fait
Ecrit par : Jeanne | 18.02.2009
à Virginie:
on n'est malheureux ensemble que lorsque l'heure du départ est là... car sinon tout se passe bien...
et quand il sera plus grand, il viendra avec moi... à la découverte du monde.
à Gwen:
oui c'est dur... et jamais simple à comprendre chez les enfants...
à M'ame Sco:
c'est vrai qu'on change... si on m'avait dit cela voici 10 ans... je ne l'aurais jamais cru..
à Ysa:
petits.. petits soucis... et grands... grands soucis... je crois que je n'ai donc pas fini de me morfondre...
à Mistersuperolive:
bienvenue ici d'abord... et merci de ton passage...
oui le pigeon voyageur revient toujours à son point de départ grâce à sa boussole magnétique... jusqu'au jour où... il préfère ne plus repartir ailleurs...
à Jeanne:
on se parle déjà beaucoup avec Théophile, presque au quotidien... il a bien compris l'intérêt du téléphone... mais je ne peux pas interférer à chaque fois dans sa vie... alors je suis là pour répondre à ses attentes ou ses demandes mais pas pour prendre position pour ou contre sa mère...
Ecrit par : charlemagnet | 18.02.2009
Avec mon amoureux à nous deux nous avons trois enfants, trois mères différentes pour ces enfants. Nous n'en avons pas fait ensemble. On parle de familles recomposées, je pense à des familles décomposées. Et puis angoisse quand mon fils n'est pas là. Je ne sais pas si angoisse est le bon mot, il faudrait presque en inventer un nouveau.
Ecrit par : Aude | 19.02.2009
j'ai lu, j'avais du retard sur plusieurs post! je ne sais pas si tout est vrai évidemment (qu'est ce qu'on sait des blogs?) mais j'ai pleuré à plusieurs reprises (il m'en faut peu oui, en ce moment). bonne journée charles!
Ecrit par : Jane... | 19.02.2009
à Aude:
finalement on était plus heureux lorsque nous étions enfants... sans soucis particuliers... avec nos parents qui veillaient sur nous...
à Jane:
oupsss... je suis sincèrement désolé que mes mots aient provoqué tes larmes... j'ai essayé de retranscrire au plus juste ce que beaucoup de pères de ma génération vivent au quotidien et ne disent pas... par pudeur...
bonne journée à toi aussi!!
Ecrit par : charlemagnet | 19.02.2009
Ben dit donc, il est bien ce blog ! Merci Zori !
Ecrit par : JeandelaXR | 23.02.2009
Bonne route à vous le père et le fils..
Ecrit par : tifenn | 24.02.2009
à JeandelaXR et Tifenn:
bienvenue à vous 2 ... et je compte sur vous pour prolonger le voyage dans mon pays des secrets...
Ecrit par : charlemagnet | 24.02.2009
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