18.03.2009
Cortex

J'avais décidé de passer la nuit à Paris afin de pouvoir prendre mon avion tôt ce matin là...
Je me levais donc assez rapidement après une nuit de sommeil fort agitée.
De sommeil... hum...
Plutôt de cogitation intense...
Car mon esprit avait balayé un certain nombre de choses entre 23 heures et 6 heures du matin, sous les draps rêches de cet hôtel international.
Les derniers jours avant mon départ, Luana m'avait avoué un certain nombre de choses assez fortes.
Des mots très prenant qu'elle ne m'avait jamais dit depuis le début de notre relation.
Et que personne auparavant ne m'avait déclarés.
Ni Bertille, ni Caroline, ni Clothilde, ni les autres...
Des paroles qui n'étaient pas prononcées à la légère car très sincères et pleines d'amour.
Elle était aussi assez triste de ne pas venir avec moi après toutes ces semaines ensemble en Afghanistan, en Suisse ou en Floride.
J'étais assez gêné d'écouter ces confessions, surtout lorsque Luana m'a pris contre elle en larmes...
Je lui ai expliqué que moi aussi je vivais un bonheur absolu, mais que j'avais du mal à m'investir totalement.
Comme je l'ai toujours été.
Partagé.
Entre ma fidélité à Luana et...
Car d'un autre côté, l'irruption de Bertille m'avait aussi troublé.
Elle avait fait des efforts sur elle-même pour redevenir celle que j'avais connu auparavant.
Elle m'avait littérallement charmé au Louvre, bien que j'eusse officiellement dit le contraire.
Il s'en était fallut de peu pour que je craque ce jour-là et que je l'embrasse.
J'en avais eu envie à plusieurs reprises... C'est vrai... et cela je ne vous l'avais pas dit...
La première fois dans cet escalier... en la suivant...
Puis autour de la table du resto... alors que je parlais avec ma douce Luana.
Je suis et j'ai toujours été trop tactile en fait.
Le fait d'être en contact avec la peau de Bertille avait instantanément débranché mes radars de méfiance...
J'ai donc toujours été partagé et je crois que je le suis encore...
J'aimerais, je crois, vivre aussi bien avec l'une qu'avec l'autre.
Mais cela n'est pas possible.
Alors cela me déchire... et cette culpabilité me ronge de l'intérieur comme l'oxydation qui oeuvre discrètement en bord de mer.

Après une bonne douche, et une longue conversation téléphonique avec Luana, j'ai avalé rapidement mon petit-déj' dans la salle commune.
C'était d'un triste.
Beaucoup de couples ensemble... avec ou sans enfants... et qui, je trouve, illustraient parfaitement le long travail de sape des années entre un homme et une femme.
Des jeunes... qui prenaient plaisir à profiter encore du Dieu Amour planant au dessus d'eux... avant que la banalité du quotidien ne les rattrape et ne les lasse... et qu'ils découvrent que l'autre n'a pas que des qualités intrinsèques... et qui saisissaient n'importe quelle occasion pour se bécoter...et se toucher... entre 2 croissants et un yaourth à l'abricot...
Des trente-et-quarantenaires... qui passaient leurs temps à faire de la police éducative vis-à-vis de leurs progénitures et qui s'échangeaient quelques paroles, avec ou sans sourire forcé... tout en regardant à gauche et à droite tout visiteur entrant dans la salle à manger... afin de tenter éventuellement leur chance, ailleurs, avec quelqu'un d'autre... comme un guépard guettant sa proie dans la savane.
Des néo-retraités, aux poches bien pleines, mais qui voyageaient indubitablement pour essayer de combler le vide dans leur vie. Ailleurs c'est toujours mieux qu'ici... alors allons-y.... et si on ne trouve rien, et bien on pourra toujours raconter à nos amis ou familles que "c'était-extraordinaire-ce-coucher-de-soleil-sur-la-cordillière-des-Andes" ou "c'était-magique-et-incroyable-ces-petits-enfants-qui-vivaient-avec-presque-rien-sur-les rives-du-Gange...."
Des vieux... très usés par la vie, et qui avaient jeté tout espoir d'une vie alléchante... le nez plongé dans leur tasse de café ou dans les pages boursières de leurs journaux... tout ceci dans le plus grand silence linguistique... leurs bouches ne servant plus qu'à faire entendre des slurrrrrps lors des déglutitions... ou des claquements de dentiers lorsque la mastication avait pris fin...
Et moi tout seul à cette petite table, le regard perdu, juste à l'entrée, naviguant entre 2 rives, avec le côté gauche de mon cerveau qui songeait à Luana et avec le côté droit qui s'interdisait de penser à Bertille...

Une navette m'amena ensuite à l'aéroport et après avoir enregistré mes bagages j'allais donc jusqu'à une banquette pour m'asseoir face aux pistes. En attendant que l'on puisse rejoindre la salle d'embarquement.
J'ai toujours aimé voir les avions en bout de piste, tous freins bloqués, faire ronfler leurs moteurs puis s'élancer à fond avant de décoller...
Tandis que j'observais un Airbus effectuer cette manoeuvre, je sentis une effluve connue.
Je ne prêtais pas attention à cette odeur plus que cela car le hall, presque plein à craquer, en dépît de l'heure matinale, en contenait tellement.
"Charles... mais quel hasard... toi ici..."
Bertille...
Oh non ce n'était pas possible... mon cortex me jouait-il un tour ou était-il en surchauffe?
Elle posa sa main sur mon épaule.
"Ouh... ouh... Charles....? c'est moi ...Bertille...!".
(à suivre)



Commentaires
Han...vraiment, c'est pas de chance, elles ne te laissent jamais en paix ces femmes...tiens, tu ne peux même plus réfléchir! ah la la, comme je te plains, pôvre hom'
Ecrit par : tifenn | 18.03.2009
Au début, on se désape, et puis...
Oui, c'est bien trouvé cette phrase, "le long travail de sape des années entre un homme et une femme". Mais, quand je suis au resto avec mon mari, entre deux gronderies des enfants parce qu'ils exagèrent, quand même ! eh bien, si on regarde autour de nous, ce n'est pas forcément que la chasse est ouverte, voyons, quel cynisme ! Non, on fait comme toi, on regarde nos contemporains...
Ecrit par : Gwen | 18.03.2009
T'es trop tactile? Bon reste sur internet alors, tu n'y risques rien!
Ecrit par : Aude | 18.03.2009
Bon si ça peut te rassurer en ce moment y'a pas que toi qui cogite sur le sens de l'existence. Alors je me suis rappelée cette phrase entendue dans Forrest gump : "La vie c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber"...
En tout cas, Bertille a le don pour te tomber dessus surtout quand tu ne l'attends pas, t'es sûr qu'elle ne te fait pas suivre ???
Ecrit par : Dame scoffield | 18.03.2009
mzis elle s'accroche sacrément cette bertille!!
Ecrit par : la virge | 19.03.2009
J'ai beaucoup aimé ta description des voyageurs , bien réaliste ce regard là
De la tristesse, des choix ...
Fais gaffe , tu risques de finir seul , devant ta tasse et tes yaourts à l'abricot , il n'y aura plus que ton cortex pour te rechauffer le coeur ..
Super moderne ta blogroll
t'as trouvé ça sur un marché du Burundi ?
Ecrit par : Jeanne | 19.03.2009
à Tifenn:
tu as raison... je ne peux jamais être 5 minutes tranquille... grrrrr...
à Gwen:
je suis d'accord... je ne voulais pas généraliser mais juste montrer que ce matin-là certains regards étaient un peu des appels au secours..
à Aude:
bah oui... derrière mon clavier... je suis à l'abri...
à Dame Sco':
elle a ses sources d'info à mon avis...
mais... toi aussi tu es dans le doute?
à Virg':
oui elle s'accroche... et ça vous saurez pourquoi ...demain
à Jeanne:
si je finis seul.. et bien tant pis...
en fait j'avais trouvé cette blog-roll voici bien longtemps mais ne l'avait pas encore activé...
Ecrit par : charlemagnet | 19.03.2009
En grande introspection surtout ! Enfin si tu veux papoter tu sais où me trouver hein !
Ecrit par : Dame scoffield | 19.03.2009
à Dame Sco:
je le sais... mais ça va.. je maitrise encore les choses
Ecrit par : charlemagnet | 19.03.2009
Tant mieux pour toi alors !
Ecrit par : Dame scoffield | 19.03.2009
Comment elle a fait pour arriver jusqu'à la salle d'embarquement celle là ? elle voyage aussi ?
Bon... te voilà dans de beaux draps... je savais bien que Cette Bertille te hantait... Entre les deux ton coeur balance... va bien falloir prendre une décision... peut-être que lorsque tu seras allongé dans le désert, à fixer les étoiles, l'une d'elle te guidera.... on a tous une bonne étoile non ?
Ecrit par : ysa | 19.03.2009
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