31.03.2009
Les clefs...

Demain, à l'occasion de la Nuit internationale avec moi-même, sponsorisée par les Sardines de l'Ouest chantantes, et les matelas Dunlopilleau, je laisserais les clefs de mon blog sur un coin d'écran...
A charge pour mes hôtes de répondre bien entendu... et de se charger de la petite cuisine...
Aux fourneaux... hop!

Mais attention à vous ... et n'en profitez-pas trop quand même... pour mettre le bazar...
Car je ne resterais pas muet comme une carpe...
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30.03.2009
Poussière d'étoiles...

A la descente de l'avion, à Ouarzazate, Karim, comme prévu, m'attendait.
Nous quittâmes rapidement l'aéroport pour rentrer chez lui, dans un magnifique ryad du centre ancien de cette jolie ville.
Ce petit séjour au Maroc, après la rigueur du Burundi, fut un vrai plaisir.
Grâce au nombreux personnel, fort dévoué et vraiment gentil, employé dans sa maison de famille, je ne m'occupais de rien finalement...
Une vraie vie de pacha...
Le lendemain de mon arrivée, avant que le soleil ne se lève, je partis avec Oqba, le chauffeur, à destination d'un petit village proche de Zagora, la ville aux portes du Désert dans la Vallée du Draa.
Après 4 heures de route, celui-ci me laissa chez Abdeljalil, mon guide, qui m'attendait déjà avec ses 2 chameaux.
Notre voyage commença aussitôt après avoir bu un petit thé à la menthe servi en guise de bienvenue.
Le désert s'offrait à moi, enfin...
La suite fut à la hauteur de ce que j'attendais... depuis des années.
14 heures de pérégrination par jour, tantôt juché sur ma monture, tantôt marchant à côté d'elle, et pas de paroles échangées avec Abdeljalil comme je l'avais exigé.
Juste le strict nécessaire entre nous, "bonjour...oui...non...merci..bonne nuit", au lever du camp, à la pause de midi, et au dîner.
Cett escapade désertique me dérouilla physiquement mais surtout me débloqua aussi mentalement.
Depuis des années, j'avais accumulé un certain nombre de blocages psychiques qui, magie ou pas des lieux, trouvèrent leur solutionnement.
Pour ce faire, j'avais mis au point, dans l'avion, un petit cérémonial para-vaudou que j'appliquais scrupuleusement.
Chaque matin je prenais le foulard de Bertille que je nouais sur lui-même et autour de mon poignet.
Et chaque soir, tandis que notre campement se reposait, je partais à l'écart, dans les dunes, enfin seul...
J'ôtais alors le bien de mon ex-amante, et l'enfouissais dans le sable...
Puis je m'allongeais sur le sable, les bras en croix, et je restais une heure ou deux comme cela à observer les étoiles...
Le 1er soir, je sanglotais durant cet exorcisme tandis que je songeais principalement à Théophile et Caroline...
Le soir suivant, mes yeux restèrent secs durant toute cette séance purificative consacrée à Bertille...
A l'issue de ma réflexion interstellaire, je récupérais bien entendu le morceau de soie, que je dénouais et rangeais dans la poche de ma djellaba, et je rejoignais mon guide, le coeur et l'esprit apaisés.
C'est ainsi que je rentrais en France quelques jours plus tard...
Le sourire de Luana acheva complètement de me purifier...
Je n'étais pas prêt à redevenir, pour l'instant et pour l'éternité, la poussière d'étoiles... que j'avais été avant ma naissance...
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27.03.2009
Petits Beurres

Un passage dans une zone de turbulences me réveilla à nouveau.
J'étais toujours dans cet avion volant vers le Burundi.
J'étais tout moite car j'avais oublié d'ouvrir l'aérateur au dessus de ma tête.
Et aussi parce que j'étais blotti sous une couverture aux couleurs de la compagnie belge. Il faisait un froid de canard au décollage dans cet appareil surclimatisé.
Je posais celle-ci sur le siège d'à-côté, vide, et je décidais de demander un rafraîchissement à la jolie hôtesse qui passait justement avec son chariot.
Un Perrier hyper frais me fut très salutaire.
Luana n'était pas là pour me surveiller.
Je l'accompagnais donc d'un paquet de Petits-Beurres chocolatés. Miammm...
En léchant mes doigts, je me rendis compte que ceux-ci étaient littéralement imbibés du parfum de Bertille.
A cause sans doute de mes manipulations successives de son foulard...
Décidemment cette chère ex-amante avait le don de me poursuivre, même à 10.000 pieds d'altitudes.
Mais ce n'était pas pour me déplaire, cette petite effluve bien connue de mes sens, dans cet endroit si déshumanisé.
En fermant les yeux, j'avais presque l'impression d'être à Paris quelques mois plus tôt.
Bras-dessus bras-dessous avec Bertille à l'exposition de Jeff Koons par exemple.
Ou blotti contre elle au petit matin, dans cet hôtel de Deauville où nous aimions passer quelques jours loin de la Capitale.
Je repensais durant quelques minutes à tous ces souvenirs que je ne pouvais pas enterrer comme cela, par magie.
Il me faudrait du temps pour tourner la page.
Du temps avait passé déjà et j'avais fait des progrès.
En sa présence je n'étais plus systématiquement attiré comme un insecte par la lumière.
Bertille restait Bertille. Rien à faire... Je ne la renierais jamais...
Elle aurait toujours une petite place à part dans mon coeur, bien en dessous de celle occupée par Luana, ma douce et très chère Luana.
Qui avait été mon rayon de soleil ces derniers mois.
Je n'avais jamais connu de telles sensations en présence d'une femme auparavant.
Luana m'avait dompté petit à petit et je m'étais laissé faire.
Avec elle, la vie était plus facile, plus lumineuse...
Bien souvent l'un de nous 2 commençait une phrase que l'autre finissait... de la même façon...
Ou alors on pensait à la même chose au même moment.
Presque mon alter-ego féminin cette douce Luana.
Avec aussi un esprit vif et ouvert... et une intelligence très intéressante...
Au bout de quelques jours ensemble, je consentais même à partager mes petits-beurres avec elle le cas échéant...
C'est tout dire...
Une petite larme glissa subrepticement et vint me chatouiller l'oeil tandis que je songeais longuement à celle qui portait désormais le fruit de nos amours.
Luana me manquait terriblement.
Je pris mon Iphone et lui envoyait aussitôt un SMS plein d'amour.
Sa réponse ne tarda pas, rédigée dans la même tonalité...
Cela me fit un bien fou ... Luana ne m'oubliait pas... bien au contraire.
J'étais rassuré...
Comme un petit enfant avec sa bouée au moment d'aller nager...
Je me blottis dans un coin du siège, branchais la fonction Ipod de mon téléphone me rendormais heureux quelques minutes plus tard.
Que demander de plus?
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26.03.2009
Inexistant


25.03.2009
Le foulard
Dans l'avion, mon esprit a vite déconnecté de la réalité peu après le décollage.
J'ai lu un peu les dernières nouvelles du jour dans le Figaro et puis je n'ai pas pu lutter contre le sommeil.
J'ai donc rejoint Morphée et j'étais bien à rêver là-haut, au dessus des nuages.

Une fois de plus, comme ces dernières nuits, je marchais dans un couloir d'une piscine ensoleillée et colorée que j'avais fréquenté voici plusieurs années.
Au Brésil je crois...
Chaque pas accompli dans cette longue ligne droite me rapprochait d'une silhouette brune qui m'y avait donné rendez-vous.
Elle m'attendait, comme les jours précédents, allongé sur un transat bleu au bord du bassin olympique aux eaux turquoises.
Nous nous étions rencontrés en début de semaine dans la rue principale et grouillante de monde de cette grande métropole.
Je cherchais mon chemin, le nez plongé dans mon Guide du Routard, et elle faisait du lèche-vitrine sans prêter attention aux flux des passants.
Son visage était dissimulé sous un vaste chapeau de paille afin de se protéger des rayons pernicieux du soleil sous cette altitude tropicale.
J'ai juste eu le temps de me rendre compte que ce n'était pas vraiment normal que dans mon champ de vision, derrière la page avec le plan de la ville, surgissent de jolies tropéziennes surmontées de jambes bronzées.
Nous nous sommes percutés devant l'entrée d'un restaurant où elle s'était arrêtée juste un instant pour lire la carte.
Son chapeau a volé quelques secondes dans le ciel et est allée atterrir sur la chaussée surchauffée.
Un vieux taxi Volkswagen qui passait à ce moment-là sonna la fin de ce couvre-chef.
Je ramassais alors très gêné mon livre, tombé à terre, ainsi que le foulard de cette dame aux yeux plissés couleur noisette.
Je lui tendais sa pièce de soie et me confondait immédiatement en excuses pour ma maladresse.
"Ah... vous êtes français..." me dit-elle dans la langue de Molière.
Zut. J'avais oublié que je devais m'exprimer en espagnol.
-"Vous aussi...?
- Non, pas moi... mais mon mari oui..."
Nous discutâmes ainsi quelques minutes à cet endroit. Elle était magnifique...
Je lui proposais alors de la dédommager pour son chapeau, mais elle refusa.
"Monsieur... vous avez oublié d'éteindre votre portable.... il sonne sans cesse depuis quelques minutes... je vous prie donc de le couper immédiatement...".
L'hôtesse me réveilla ainsi en plein rêve.
Je fouillais dans ma poche pour éteindre mon téléphone.
C'était Bertille.
Une fois de plus.
N'arrivant pas à me joindre, elle venait de me laisser un SMS.
"J'ai perdu mon foulard à l'aéroport.... L'aurais-tu? Car j'y tiens beaucoup... Bises. B.."
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24.03.2009
Attention...
09:32 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
23.03.2009
Cogito ego sum?
Totalement et immensément magique...

Toute cette étendue de sable à perte de vue... et cette chaleur harassante...
Waouhh.....
Et la nuit... ce voile noir et brillant au dessus de ma tête...
Avec toutes ces étoiles scintillants à l'infini...
Et moi... allongé sur le sol encore chaud... en djellaba, les bras en croix... le souffle posé...
A une centaine de mètres de mon campement... abrité derrière une dune..
J'ai essayé tant bien que mal d'explorer un monde encore plus mystérieux : celui de mes pensées.
21.03.2009
Carnets de route (2)
Lorsque vous lirez ces quelques lignes, je serais déjà parti depuis quelques heures avec un guide dans le désert.

Tout a été mis au point par mon ami Karim cette semaine tandis que je furetais au Burundi.
Silence... réflexion... introspection...
Tels seront mes maîtres-mots durant ces 4 jours.
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20.03.2009
La liaison
A chaque moment-clé de ma vie, Bertille a toujours été là...

Elle a été une de mes premières vraies liaisons, au sortir de l'adolescence et de ses amourettes, alors que j'arrivais à pas feutrés dans le monde adulte.
Elle m'a initié à de nombreuses choses, tant celles concernant les subtilités et douceurs de l'amour, que d'autres plus banales de la vie quotidienne.
Nous avons beaucoup parlé, nous avons beaucoup voyagé aussi...
Durant ces nombreuses nuits blanches... passées ensemble dans sa chambre... ou sur un coin d'herbe lors de nos weeks-ends improvisés à la dernière minute, loin de Paris...
Nos chemins se sont ensuite éloignés, avec son assentiment, lorsque j'ai terminé mes études supérieures et que j'ai pris mon envol.
Bertille ne voulait pas que je reste uniquement sur cette expérience corporelle avec elle. Elle voulait que je m'aguerisse... que je vois d'autres horizons... que je vive ma vie...
Alors j'ai mis en pratique ses leçons d'amour avec les quelques aventures que j'ai eus au fil du temps, et ces dernières m'ont également beaucoup apporté de par leur unicité et leur diversité.
En y repensant dernièrement, je peux dire qu'à chaque fois, avec Bertille, inexorablement, nos corps retrouvaient leurs automatimes et leurs gaucheries aussi, comme au premier jour... lorsque nous nous rejoignions pour un ou plusieurs jours durant mes périodes de célibat.
Par exemple, après ma séparation avec Clothilde, nos destinées se sont croisées dans les locaux de PM un soir de cocktail. Je rentrais d'un de mes reportages épuisants en Asie, et je l'ai vu là, à l'autre bout de la pièce, dans une robe noire très saillante, ouverte sur son dos nu vertigineux...
Elle discutait tranquillement, et sans arrières pensées, avec un bellâtre quinquagénaire, mais je voyais bien que le regard de ce bipède n'avait rien d'innocent... Il déployait tous ses arguments-clés pour tenter de ramener Bertille dans sa "suite" au Formule 1 du coin. A savoir un teint bronzé, un sourire de pub pour dentifrice, un corps encore svelte, une chevelure proche du surfeur ou un costume taillé sur mesure...
Toutefois, je savais bien, car je connaissais parfaitement le réalisme et les goûts de Bertille, que celle-ci ne voyait à la place que ceci. Un visage cliniquement modifié, un bridge négocié en secret sur 12 mois, un corps body-buildé truffé d'enflements adipeux, des implants capillaires bruns ridicules ou bien même le sosie vestimentaire de Kojak... Ce soir-là, il a juste suffit d'un bref regard entre nous pour que la messe soit dite. Bertille a stoppé nette sa conversation avec le sosie de Jean-Pierre P*ernau*d et m'a rejoint immédiatement. La soirée s'est poursuivie autour d'une bouteille de champagne dans un club de l'Opéra, avant de finir, comme de bien entendu dans le back-room.
Autre exemple, lorsque j'ai sombré au plus bas après le décès de Caroline, Bertille a su attendre discrètement non loin de moi que je me reconstruise. Elle a aussi patiemment, et avec beaucoup de tendresse, contribué à recoller les morceaux de mon psychisme qui étaient si écartelés, mélangés ou égarés. Elle m'a redonné goût à la vie et son corps m'a à nouveau fait décoller jusqu'au 7ième ciel.
Bertille ne s'est en fait jamais immiscée dans mes histoires amoureuses jusqu'à ces derniers mois.
Je ne sais pas pourquoi mais elle a changé d'attitude depuis que je suis avec Luana.
Peut-être parce que pour la première fois notre relation s'est terminée brutalement.
Sans doute aussi parce qu'elle a vu en Luana, outre le fait qu'elle lui ressemble assez, mais en plus jeune, sa rivale la plus dangereuse.
Celle avec qui je risquais de passer un certain nombre, sinon le restant de mes jours...
Alors Bertille a sorti ses griffes pour me reconquérir et briser mon couple avec ma douce Luana.
Ce qu'elle ne savait pas, c'est que je ne fonctionne pas comme cela. Que les coups-fourrés pour me faire changer d'avis ne m'impressionnnent jamais.
Alors Bertille a essayé la douceur. Et là je dois dire que j'ai presque failli craquer. J'aurais volontiers, si je ne m'étais pas engagé avec Luana, cédé à la tentation.
Mais j'ai des principes et j'essaie de m'y tenir. Même si je rame durement et que cela me torture intensément, et le corps et le cortex.

Mais revenons-en au sujet qui vous taraude, la présence inopinée de Bertille à l'aéroport.
"Ouh... ouh... Charles....? c'est moi ...Bertille...!".
Effectivement il n'y avait aucun doute... Elle était bien là...
Elle s'était aussi levée aux aurores pour me rejoindre dans cet endroit, grâce sans doute aux informations glanées, comme d'habitude, auprès de la secrétaire d'Adèle, ma chef chez PM.
"- Je n'ai rien à te dire Bertille... le sujet est clos... comme je te l'ai déjà dit par SMS...
- Tu aurais pu me le dire de vive voix alors... cette façon de faire... est un peu lègère à mon sens...
- Je n'ai vraiment pas pu te le dire avant... et je n'en avais pas la force non plus sur le moment.... car j'étais bien avec toi...
- Ah tu vois... ton attitude peut donc prêter à confusion... Charles..
- Je suis d'accord... même si en l'espèce tu es un peu responsable de tout... car tu sais bien que j'ai toujours été trop tactile... que ma défense baisse inévitablement lorsqu'un geste affectueux m'est destiné... comme ceux que tu m'as offerts au Louvre..
- Voyons Charles...
- Bertille... on a fait beaucoup de choses ensemble... mais tout cela est bien fini... il faut que tu le saches... je suis bien avec Luana... et puis...
- Quoi encore..?
- Tout simplement... elle est enceinte... et je ne veux pas gâcher cela... comme avec Clothilde... J'ai décidé de m'inscrire désormais dans la durée... je vais être père et je dois assumer... nous deux c'est fini... alors laisse-moi définitivement tranquille...
- On en reparlera Charles... comme je te connais... on en reparlera... bientôt... et ce n'est pas moi qui viendrais vers toi... mais le contraire... j'en suis sûr... Allez je te laisse, comme cela personne ne pourra dire que je suis une briseuse de ménage.. Bon voyage au Burundi... et n'attrapes pas de coups de soleil lors de ta traversée du désert au Maroc...".
Sur ces dernières paroles, Bertille déploya sa silhouette féline du fauteuil où elle s'était installée peu auparavant et elle s'éloigna...
Je la suivis du regard jusqu'à ce qu'elle franchisse les portes coulissantes ouvrant sur l'extérieur.
Pour m'assurer qu'elle n'allait pas revenir...
Mais tel ne fut pas le cas.
Libéré... j'étais libéré désormais...
"Monsieur, la dame avec qui vous parliez a oublié ceci..." .
Un homme barbu me tira de mes songes en me tendant le foulard parfumé de Bertille, qui avait dû vraisemblablement glissé de son sac...
Je le pris... et le rangeais rapidement dans mon bagage à main. Car il était temps que j'embarque...
Lorsque l'avion décolla un peu plus tard, j'eus le temps d'apercevoir le long de la piste, derrière les grillages clôturant le domaine aéroportuaire, une silhouette blonde grimpée sur le marche-pied de son véhicule...
Bertille...
Elle m'adressa ainsi avec le balancement de son bras droit un au-revoir très émouvant...
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18.03.2009
Cortex

J'avais décidé de passer la nuit à Paris afin de pouvoir prendre mon avion tôt ce matin là...
Je me levais donc assez rapidement après une nuit de sommeil fort agitée.
De sommeil... hum...
Plutôt de cogitation intense...
Car mon esprit avait balayé un certain nombre de choses entre 23 heures et 6 heures du matin, sous les draps rêches de cet hôtel international.
Les derniers jours avant mon départ, Luana m'avait avoué un certain nombre de choses assez fortes.
Des mots très prenant qu'elle ne m'avait jamais dit depuis le début de notre relation.
Et que personne auparavant ne m'avait déclarés.
Ni Bertille, ni Caroline, ni Clothilde, ni les autres...
Des paroles qui n'étaient pas prononcées à la légère car très sincères et pleines d'amour.
Elle était aussi assez triste de ne pas venir avec moi après toutes ces semaines ensemble en Afghanistan, en Suisse ou en Floride.
J'étais assez gêné d'écouter ces confessions, surtout lorsque Luana m'a pris contre elle en larmes...
Je lui ai expliqué que moi aussi je vivais un bonheur absolu, mais que j'avais du mal à m'investir totalement.
Comme je l'ai toujours été.
Partagé.
Entre ma fidélité à Luana et...
Car d'un autre côté, l'irruption de Bertille m'avait aussi troublé.
Elle avait fait des efforts sur elle-même pour redevenir celle que j'avais connu auparavant.
Elle m'avait littérallement charmé au Louvre, bien que j'eusse officiellement dit le contraire.
Il s'en était fallut de peu pour que je craque ce jour-là et que je l'embrasse.
J'en avais eu envie à plusieurs reprises... C'est vrai... et cela je ne vous l'avais pas dit...
La première fois dans cet escalier... en la suivant...
Puis autour de la table du resto... alors que je parlais avec ma douce Luana.
Je suis et j'ai toujours été trop tactile en fait.
Le fait d'être en contact avec la peau de Bertille avait instantanément débranché mes radars de méfiance...
J'ai donc toujours été partagé et je crois que je le suis encore...
J'aimerais, je crois, vivre aussi bien avec l'une qu'avec l'autre.
Mais cela n'est pas possible.
Alors cela me déchire... et cette culpabilité me ronge de l'intérieur comme l'oxydation qui oeuvre discrètement en bord de mer.

Après une bonne douche, et une longue conversation téléphonique avec Luana, j'ai avalé rapidement mon petit-déj' dans la salle commune.
C'était d'un triste.
Beaucoup de couples ensemble... avec ou sans enfants... et qui, je trouve, illustraient parfaitement le long travail de sape des années entre un homme et une femme.
Des jeunes... qui prenaient plaisir à profiter encore du Dieu Amour planant au dessus d'eux... avant que la banalité du quotidien ne les rattrape et ne les lasse... et qu'ils découvrent que l'autre n'a pas que des qualités intrinsèques... et qui saisissaient n'importe quelle occasion pour se bécoter...et se toucher... entre 2 croissants et un yaourth à l'abricot...
Des trente-et-quarantenaires... qui passaient leurs temps à faire de la police éducative vis-à-vis de leurs progénitures et qui s'échangeaient quelques paroles, avec ou sans sourire forcé... tout en regardant à gauche et à droite tout visiteur entrant dans la salle à manger... afin de tenter éventuellement leur chance, ailleurs, avec quelqu'un d'autre... comme un guépard guettant sa proie dans la savane.
Des néo-retraités, aux poches bien pleines, mais qui voyageaient indubitablement pour essayer de combler le vide dans leur vie. Ailleurs c'est toujours mieux qu'ici... alors allons-y.... et si on ne trouve rien, et bien on pourra toujours raconter à nos amis ou familles que "c'était-extraordinaire-ce-coucher-de-soleil-sur-la-cordillière-des-Andes" ou "c'était-magique-et-incroyable-ces-petits-enfants-qui-vivaient-avec-presque-rien-sur-les rives-du-Gange...."
Des vieux... très usés par la vie, et qui avaient jeté tout espoir d'une vie alléchante... le nez plongé dans leur tasse de café ou dans les pages boursières de leurs journaux... tout ceci dans le plus grand silence linguistique... leurs bouches ne servant plus qu'à faire entendre des slurrrrrps lors des déglutitions... ou des claquements de dentiers lorsque la mastication avait pris fin...
Et moi tout seul à cette petite table, le regard perdu, juste à l'entrée, naviguant entre 2 rives, avec le côté gauche de mon cerveau qui songeait à Luana et avec le côté droit qui s'interdisait de penser à Bertille...

Une navette m'amena ensuite à l'aéroport et après avoir enregistré mes bagages j'allais donc jusqu'à une banquette pour m'asseoir face aux pistes. En attendant que l'on puisse rejoindre la salle d'embarquement.
J'ai toujours aimé voir les avions en bout de piste, tous freins bloqués, faire ronfler leurs moteurs puis s'élancer à fond avant de décoller...
Tandis que j'observais un Airbus effectuer cette manoeuvre, je sentis une effluve connue.
Je ne prêtais pas attention à cette odeur plus que cela car le hall, presque plein à craquer, en dépît de l'heure matinale, en contenait tellement.
"Charles... mais quel hasard... toi ici..."
Bertille...
Oh non ce n'était pas possible... mon cortex me jouait-il un tour ou était-il en surchauffe?
Elle posa sa main sur mon épaule.
"Ouh... ouh... Charles....? c'est moi ...Bertille...!".
(à suivre)


