09.09.2008

Bertille (suite)

Ce matin-là d'avril, toute la petite famille de Bertille était donc fin prête pour aller à l'église. Tout le monde s'était levé tôt afin de prendre le temps de se préparer méticuleusement. En effet, tout le village de A..... devait fêter ce jour-là son saint-patron, Saint-Stanislas, l'un des ancêtres directs de la famille de V..., mort au combat durant les croisades aux côtés du preux St-Louis, et qui avait été canonisé en 1587. Maria aidait les enfants à se préparer tandis que Gonzague était parti en éclaireur pour s'entretenir avec le curé. Bertille, de son côté, était ce jour-là assez nerveuse et il ne faisait pas bon lui parler. Quant à moi, je me prélassais encore au lit, la cérémonie se déroulant dans 3 heures.

A l'heure de la messe, nous étions tous réunis dans la nef lorsque le garde-champêtre arriva fort peu discrètement en courant, et essoufflé. "Un malheur, un malheur est arrivé!!" bredouilla-t-il. "M. de V. est mort!" "Quoi? mais ce n'est pas possible" pensais-je, "il est avec nous!". Mais Gonzague n'était pas là. Il avait été retrouvé dans un bois, le pantalon retroussé et pendu.  Bertille éclata en sanglots et me demanda de ramener, avec Maria, les enfants au château. Ce que je fis. Plus tard dans la soirée, Bertille m' apprit que le 15ème descendant direct de Stanislas s'était suicidé par dépit amoureux. Il ne supportait plus sa déviance sexuelle qui le faisait souvent fréquenter le Bois de Boulogne. Bertille savait cela grâce à une lettre retrouvée dans une poche de sa veste. Comme nous étions assez complices suite à quelques contacts rapprochés, elle tenait à me le dire.

Je restais 3 années encore chez Bertille en tant qu'étudiant. Ma présence lui permis de remonter la pente et de ne pas sombrer dans la dépression. Certes, elle avait aimer Gonzague, mais plus comme une soeur que comme une amante. Leur mariage avait été arrangé comme bien souvent dans ce milieu aristocratique afin de préserver le caractère nobiliaire des descendants. Elle était donc triste de son départ mais sans plus. Dès cette époque, souvent, le soir, elle me rejoignait dans ma chambre pour parler. Les contacts rapprochés initiaux cédèrent vite la place aux rapports physiques. Bertille était si belle pour sa quarantaine. Des cheveux blonds souvent attachés, une taille, des mains et des jambes si  fines, de nombreux grains de beauté cachés ou non sur sa peau claire et douce... Vraiment tout pour plaire. Notre liaison resta nécessairement discrète. Lorsque je quittais finalement Paris pour suivre une formation complémentaire à l'étranger, Bertille me remercia pour tout et m'indiqua que sa porte me resterait ouverte éternellement. Les années ont passé et j'ai toujours eu des nouvelles de Bertille. Depuis, elle a refait sa vie et lorsque nous nous revoyons, un regard suffit ...

08.09.2008

Bertille

en bretagne.jpg.jpegLorsque je suis arrivé à Paris, après le bac, j'ai été hébergé dans une famille, pas très loin du Boulevard St-Michel, dans le quartier Latin. J'avais eu cette adresse par un ami d'un ami... qui connaissait quelqu'un... qui louait chaque année plusieurs de ses chambres à des gens (bien sous tous rapports) fréquentant des rallyes. Ce que je faisais épisodiquement car c'était terriblement ennuyeux! 

J'avais été reçu un samedi après-midi du début juillet à l'heure du thé par M. et Mme de V... dans leur appartement duplex de 350 m2 environ en rez-de-jardin. J'avais eu droit à toute une batterie de questions sur moi, ma famille, mes études... et la religion. M. et Mme de V... ayant un fort sentiment religieux, il était indispensable à leurs yeux que leurs futurs hôtes soient du même accabit. Dans ce domaine particulier, je maîtrisais assez bien chants et prières, même si je pratiquais de moins en moins, voire quasiment jamais. Enchantés de leurs entretiens,  M. et Mme de V... me firent savoir quelques jours plus tard que j'avais été retenu.

J'emménageais donc en plusieurs fois, courant septembre, par le biais du train car je n'avais pas encore mon permis auto: la 1ère fois ce furent mes quelques affaires, la 2nde mes lourds livres et la 3ème mon rutilant solex rouge. Gonzague de V... étant souvent en déplacement à l'étranger, ce fut son épouse Bertille qui m'accueillit alors et me présenta sa maison. En rez-de-jardin, le salon, la salle à manger, la cuisine, la bibliothèque, la salle de billard, le bureau de Monsieur, la buanderie et la chambre de la bonne, Maria. Au 1er étage, il y avait les chambres et les salles de bains. Inutile de dire que j'étais tombé sous le charme de cette pépite immobilière qui alliait calme, confort, espace et design.

Les repas se prenaient en commun à heure fixe (20h), et le soir j'avais la permission de minuit en semaine (si je ne dînais pas) et de 3 heures le week-end. Le vrai paradis. Mais je n'en abusais pas. De surcroît, les autres étudiants étant assez sympas, j'appréciais de pouvoir échanger de longues heures sur nos jeunes destinées. Ce qui fait que je sortais donc peu. Juste ce qu'il fallait. Ainsi, entre mes études, les quelques sorties au cinéma, et les nombreuses discussions dans ce nouveau "chez-moi", le temps passait rapidement.

Avec M. et Mme de V..., les rapports étaient également excellents. Comme je ne pouvais pas rentrer chaque week-end dans ma ville natale, ceux-ci m' invitérent souvent à participer à leurs sorties en famille. Ils m'initièrent aux secrets du Louvre, me montrèrent la face cachée de nombreux autres monuments de la Capitale ou m'apprîrent à apprécier l'Art Moderne. Tout se passait bien et les semaines continuaient à défiler. Noël arriva bien vite. Février passa à 1.000 à l'heure. Puis arriva ce jour fatal du 11 avril, alors que nous séjournions tranquillement depuis quelques jours dans leur maison de Bretagne....