02.09.2008

Marie

X-20080327151754515.jpegNotre semaine au ski touchait à sa fin. J'étais parti avec un copain. Nous avions passé tout le séjour pratiquement sur les pistes et nous étions un peu sur les rotules. Alors, pour une fois, nous avions décidé de faire la grasse mat'. Ce jour-là, Antoine était descendu le premier prendre le petit déjeuner dans la salle commune. Je le rejoignis peu après. La salle était quasi déserte, hormi la table d'à côté. "Tu as vu,"me dit-il. "Quoi?" lui répondis-je le nez déjà plongé dans le journal. "Regarde, la "vieille" d'à côté". Je levais à contre-coeur le regard quand je vis cette personne. Une femme assez jolie d'une quarantaine d'années, les cheveux blonds légèrement ondulés, et vétue d'une saharienne kakie et de tropéziennes argent. Rien à voir avec le ski. 

Le déjeuner vite avalé, nous décidâmes d'aller profiter de la piscine. Après une bonne demie-heure à enchaîner les longueurs, j'optais pour un repli stratégique sur un transat, pour continuer à lire "le Monde" tandis qu'Antoine, pas assez rassasié, poursuivait ses activités aquatiques. "Petit profiteur! Arrête de me faire croire que tu lis ton journal!" me lança tout à coup Pierre. "Mais si...". Je compris alors instantanément le sens de sa phrase. Pas très loin de moi, sur un autre matelas, était installée notre voisine du peti-déj', avec ses lunettes de soleil. Car elle profitait aussi des rayons du soleil, tout en nous regardant discrètement derrière ses verres fumés. "Je t'assure.... lorsque je me suis installé, il n'y avait personne" lui répondis-je enfin. "Ouais, ouais, pas à moi..." conclut-il en plongeant.

"Vous auriez pu le lui dire quand même..." lançais-je, un peu énervé, et sans retenue, à ma voisine. "Ah quoi bon..ce n'est pas très grave!" me répondit-elle. Ce furent les 1ers mots d'une conversation qui dura un long moment.

Elle s'appelait Marie et accompagnait ses enfants à la montagne comme chaque année. Sauf que cette année-là, au lieu de partir à 4, ils n'étaient venus qu'à 3, son mari étant resté à Rennes. Comme elle n'aimait pas skier, elle passait ses journées à l'hôtel. De longues journées, bien souvent... Je devinais vite que Marie s'ennuyait fermement à Avoriaz, et que notre discussion lui était agréable. "Je vous laisse car je dois récupérer mes enfants" conclua-t-elle au bout d'un moment. Il était déjà 11h30.

Impossible de reprendre la lecture de mon journal désormais. Antoine, quant à lui, avait quitté les lieux et se reposait dans la chambre où je le retrouvais. Il ne me posa pas de questions car il voyait bien que j'étais très songeur. Et torturé. Marie me plaisait beaucoup mais cela ne pouvait pas dépasser la simple conversation. Quand même!

En début d'après-midi, alors que je réglais ma note d'hôtel, quelqu'un me tapa légèrement sur l'épaule. C'était Marie. "Vous partez déjà?" me demanda-t-elle. "Non, demain matin!". J'avais à peine dit cela qu'elle se saisissait de ma main et me tirait à l'extérieur. "Venez...".

Ce qui se passa ensuite fut merveilleux. Nous continuâmes à discuter dans sa chambre, en tout bien tout honneur. Peu avant que ses enfants ne reviennent, je la quittais. "Attendez" me dit-elle tout en déposant un petit baiser, le 1er, sur mes lèvres.

L'histoire avec Marie dura quelques semestres. Nos rencontres, tantôt à Rennes, tantôt dans ma ville, furent toujours très tendres et très discrètes. Merci Marie.