27.09.2008
Et vous mesdames...?
Avec Cliente(1), son nouveau film adapté de son roman éponyme, la réalisatrice de Gazon maudit continue à bousculer les tabous. Nathalie Baye joue Judith, une quinqua divorcée qui s’offre les services sexuels d’escort boys. Extraits : autour du plaisir, des sex-toys et de la difficulté d’être… un homme.
Madame Figaro. Vous videz le thème de l’escort boy de tous ses clichés ordinaires. Ce n’est pas un play-boy, c’est un type qui vit en banlieue, issu du prolétariat, et qui fait ça pour subvenir aux problèmes financiers de son entourage…
- Josiane Balasko. C’est ce qui a beaucoup choqué les producteurs. Je pars toujours de modèles masculins, parce qu’on vit tout de même dans un monde d’hommes. Si on veut avancer, voyons ce qui se passe chez eux ! Depuis l’Antiquité, ils ont eu les harems, les putains, les call-girls, mais l’homme qui se prostitue n’est pas un sujet abordé au cinéma et il est tabou. Mon escort, joué par Éric Caravaca, je voulais en faire un type gentil. C’est un bon petit-fils, qui gâte sa grand-mère, sa famille et ses copains. Quant à Judith (Nathalie Baye), elle incarne la femme d’affaires qui utilise les services sexuels d’un professionnel. Elle fait du téléachat, elle est donc dans un monde de vente et d’achat. Elle contrôle tout : sa vie professionnelle, ses désirs, son plaisir. Elle n’est pas dans l’émotionnel.
Que ce soit la belle-mère jouée par Catherine Hiegel, les filles Isabelle Carré et Marilou Berry, ou vous deux, les femmes ne sont pas très heureuses en amour dans le film. Vous y faites le constat d’une misère sexuelle et affective très largement partagée.
Nathalie Baye. D’une solitude plutôt. En réalité, on serait très surpris de voir que sur quarante femmes qui font appel à des amours tarifées, on va en trouver quarante au profil totalement différent.
Comment expliquer que la relation à l’escort boy nous choque encore ?
Josiane Balasko. Parce que ce sont des schémas dominants. S’acheter du plaisir est un des derniers bastions masculins. Une femme seule dans un dîner est mal vue socialement mais si elle s’offre la compagnie d’un homme, c’est encore plus mal perçu.
Nathalie Baye. Cela dit tout évolue. Il y a de plus en plus d’homosexualité féminine, de gays, d’adoption chez les couples homos. « Il s’est passé cinq cents ans entre ta jeunesse et la mienne », me disait ma grand-mère. Je crois que je dirai la même chose à mes petits-enfants ! !
Les tabous volent en éclats et les sex-toys font, dit-on, la fortune des magasins spécialisés…
Josiane Balasko. Ah oui ! le petit canard jaune ? Moi, je ne sais pas comment on s’en sert.
Nathalie Baye. Mais c’est un vibromasseur.
Josiane Balasko. Je croyais que c’était celui de la pêche aux canards des enfants. Non, comme ça n’a pas une forme phallique mais bien une forme de petit canard, je trouvais très curieux de le mettre dans le vagin.
Nathalie Baye. Cela procure des vibrations qui donnent du plaisir.
Josiane Balasko. Je savais bien qu’avec ce film je tenais un sujet chaud !
Nathalie Baye. Dérangeant surtout.
Josiane Balasko. Soyons précises : les sex-toys ne sont pas que des objets. On définit ainsi les très beaux jeunes gens qui accompagnent des beautés de papier glacé dans les magazines de mode. C’est un accessoire et un homme, le sex-toy.
Nathalie Baye. Les trois-quarts des magazines féminins transforment les femmes en terreurs sexuelles. Voyez les articles : « Comment être le plus sexy possible? » « Comment piquer le mec de votre meilleure amie? » « Comment avoir cinq orgasmes dans la nuit…? »
Revenons à l’homme-objet, croyez-vous qu’il soit en voie d’extension ?
Josiane Balasko. Sur le Net, on en trouve des tas qui se présentent comme tels.
Nathalie Baye. C’est un fantasme répandu. Il y a des femmes qui aiment être soumises, des hommes qui aiment être des objets.
Josiane Balasko. Le fantasme de s’offrir un gigolo est un fantasme féminin, comme celui de devenir une prostituée pour une nuit. On se dit : je vais être payée ou je vais rencontrer un inconnu que je vais payer pour qu’il fasse ce que je veux.
Peu de femmes passent à l’acte toutefois…
Josiane Balasko. Je ne crois pas. Le fantasme sado-maso, c’est ça. Ce sont des hommes dans des positions dominantes dans la société, des p-dg, des hommes politiques, des individus très autoritaires. Mais dans une relation tarifée, le client est toujours le roi, même s’il se fait piétiner par une fille en talons aiguilles !
Mais les hommes aussi ont eu des demandes énormes envers les femmes…
Nathalie Baye. Non, je ne pense pas. N’oublions jamais qu’il y a une injustice et un déséquilibre fondamental entre les hommes et les femmes. Eux, il faut qu’ils soient sexuellement opérationnels tout le temps. Une femme peut faire l’amour quand elle en a envie, organiquement un homme ne peut pas. C’est épouvantablement difficile d’être un homme et d’assurer. Les voilà dépendants au Viagra. Moi, je trouve que leur position est très périlleuse.
(1) En salle le 1 er octobre.
J'attends donc vos réactions à cette interview.
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10.09.2008
Sacré Jeff Koons...
Lui, le roi du kitsch qui va révolutionner Versailles ? De passage au château en juin pour présenter son exposition qui ouvre aujourd’hui, l’Américain Jeff Koons se fond dans le paysage. En apparence du moins. Un costume gris anthracite à la sobre élégance, des propos convenus : « J’espère que le public français aura le sentiment que c’est un geste généreux et joyeux » ou encore « j’aime le baroque, mes oeuvres vont trouver ici un cadre idéal. »
C’est donc là l’homme qui fit scandale dans les années 1990 avec sa série « Made in Heaven », des photos très sexe avec la Cicciolina, son épouse d’alors et ex-star du porno. Seul indice : un regard où pointe une bonne dose de malice perce chez celui qui fut un temps trader avant de devenir l’artiste contemporain le plus coté du monde « Hangin Heart », un coeur rouge enrubanné, s’est vendu 23 millions de dollars en novembre dernier.
Pour le reste, ce sont ses oeuvres qui parlent pour lui. Et dans le décor Grand Siècle du château de Versailles, elles vont faire du bruit. Une Lune de 3 m de diamètre en Inox bleu au bout de la galerie des Glaces, un homard géant suspendu au plafond du salon de Mars, un chien gonflable à côté d’un Véronèse… Les dix-sept oeuvres ici exposées une par pièce détonnent sous les ors d’un palais que certains rêveraient ancré dans sa tradition. Jean-Jacques Aillagon, le président du musée, a beau expliquer que, « sous Louis XIV, Versailles était un formidable laboratoire du goût, une maison des transformations permanentes, pas des arts codifiés », la polémique, prévisible, a lieu, entretenue par quelques orthodoxes plus ou moins légitimes. Une manifestation est prévue aujourd’hui pour perturber l’inauguration. Pourtant, on aurait tort de se priver du spectacle vertigineux que procure la découverte de « Split Rocker », une carcasse de 12 m de haut et pesant 11 t figurant une tête mi-cheval, mi-dinosaure et fleurie de 90 000 pétunias et géraniums multicolores installée au beau milieu de l’Orangerie.
En digne héritier d’Andy Warhol, Jeff Koons recycle les produits de consommation et détourne l’imagerie des stars. Aux sérigraphies de Marilyn Monroe de l’un répond le Michael Jackson en porcelaine de l’autre. La comparaison s’arrête là. Quand la Factory de Warhol accueillait qui voulait y entrer, l’atelier new-yorkais de Koons emploie plus de 80 personnes, et l’artiste âgé de 53 ans arrive tous les jours à la même heure. Définitivement sage.
« Jeff Koons Versailles », à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 14 décembre, au château de Versailles. Tous les jours sauf le lundi, de 9 heures à 18 h 30 jusqu’au 31 octobre, de 9 heures à 17 h 30 du 1 e r novembre au 14 décembre. Nocturnes tous les samedis à partir du 20 septembre, de 18 h 30 à 22 heures. Tarif : 13,50 € (prix de la visite du château). Renseignements au 01.30.83.78.89. (Sources : leparisien.fr)
11:55 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : culture, jeff koons


