05.12.2008
La nuit
Cette silhouette inconnue, que j'apercevais pour la première fois, venait donc dans ma direction, en petites foulées, assez rapidement. Mais d'où sortait-elle donc? du 4x4? ou des fourrés bordant la piste?
Je m'attendais à voir une moustache de montagnard, posé sur un visage buriné, comme on en voit des centaines par ici. Ce devait être mon hôte qui venait vers moi, celui qui avait été "sélectionné" par mes contacts, pour m'héberger chez lui l'espace d'une nuit. Mais à la place surgit une frimousse féminine. Un visage d'occidentale...
"Hello" me fit cette personne alors qu'elle était à moins de 2 mètres de moi. La lumière de la Lune éclaira son visage, la seule partie de peau non dissimulée par le textile.
"Hello, I am Luana and I am photograph... and you..."
"Moi c'est Charlemagnet, from France. You know la France?".
Un bruit de moteur pétaradant perturba notre conversation. Au loin, un camion venait vers nous...tous phares éteints...
J'attrapais la photographe par la manche de sa parka kaki, et nous courûmes jusqu'à un petit monticule de terre, dissimulé par une végétation sauvage et abondante, et posé au milieu de quelques rochers de la montagne. Nous posâmes rapidement nos sacs à nos pieds et nous attendîmes pratiquement collés à une des grosses pierres nous entourant. Je vérifiais mon portable, tout comme Luana. Ils étaient coupés. Ouf....
La grosse ombre, un diesel visiblement, déboucha rapidement sur place et s'arrêta un peu plus loin d'où nous avions fait connaissance avec Luana. Mais pas si loin que ça malgré tout... Car on allait distinguer nettement la scène qui allait suivre...
C'était un camion miltaire des années 70, couvert par une bâche défraichie et rapiécée de partout. Il débarqua d'abord son passager avant. Celui-ci, un rude gaillard d'1m80, barbu, et enturbanné, sauta à terre, et lança quelques mots incompréhensibles (de l'afghan? du pakistanais? ou du patois tribal?) à voix basse.
Aussitôt une dizaine de talibans armés sautèrent au sol depuis l'arrière du camion. Tout ce petit monde était assez calme mais leurs regards étaient froids et assez haineux. Néanmoins ils avaient l'air abattus de fatigue. Ils étaient surtout armés comme pour aller attaquer la Banque de France. Des fusils automatiques, des kalachnikovs, des lances-roquettes... et j'en passe.....Gloupssss... Je pensais à cet instant précis que mon reportage prenait une tournure quelque peu inédite...
Deux de ces combattants abaissèrent alors la ridelle et tirèrent à eux une masse inerte et humaine. Un homme blessé ou mort? Ils s'en saisirent avec difficultés et s'éloignèrent avec dans la nuit froide.
A leur suite, tous les autres hommes se mîrent en rang, les uns derrière les autres, et marchèrent silencieusement en direction du village où j'avais prévu de passer la nuit...
(à suivre...)
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