15.09.2008

Ma nuit avec le Pape...

Lorsque je suis arrivé vendredi en tout début après-midi chez Bertille, après avoir bien galéré dans les embouteillages en taxi, ce n'est pas Maria qui m'a accueilli. Mais Bernadette, la soeur de... Bertille. "Bonjour Charlemagnet, vous- z-êtes-z'étonné de me voir-z-ici, non?" me lança-t-elle, sur le pas de porte, avec son accent guindé d'un autre siècle. "Euh...... oui, c'est cela..." lui répondis-je. "Bertille va-z-arriver, ne vous-ze-inquiétez point! elle m'a juste confié le ssoin de vous z-accueillir et de patienter-z-avec-vous!" . "Ah!....." fis-je en quittant mon blouson et en posant mes bagages.

Effectivement, quelques minutes plus tard se présentait Bertille, avec une enveloppe à la main. "Tenez Bernadette, comme promis la voici" dit-elle en lui tendant la missive, tandis qu'elle me déposait un bisou sur la joue."Bonjour, Charlemagnet!...". Bernadette s'empara de l'enveloppe, remercia vivement sa soeur et fila avec ses mots: "Ah vraiment, Bertille. Ce que vous faites là z-est un divin-z-enchantement! Ze file vite pour z-aller me préparer". "Ah!..." fut ma réponse de salutations.

Je remarquais alors la tenue vraiment décontractée de Bertille. Chemisier blanc légérement ouvert, jean, et repetto noir aux pieds. "Mais tu n'es pas prête, Bertille?". "Prête pour quoi? Charlemagnet, l'autre jour, j'ai bien vu ta moue lorsque je t'ai annoncé notre soirée papale. Comme dans le même temps, Bernadette m'a sans cesse fait part de son grand sentiment de tristesse ne pas aller à la cérémonie du Couvent des Bernardins, j'ai décidé de lui céder nos places. Elle était enchantée lorsque je le lui ai dit. Et puis, tu sais qu'avec l'Eglise, avec tout ce qui m'est arrivée dans ma vie, j'ai une certaine distance avec désormais. Je préfère profiter de la vie tranquillement, et de toi aussi comme on ne se voit plus très souvent" m'expliqua-t-elle tandis que je restais bouche bée en pensant "Ah...!". Décidemment, mon vocabulaire était assez restrictif, voire primaire.

"Allez viens! on file vite maintenant. le taxi nous attends en bas de l'immeuble!" conclua-t-elle en me prenant la main. Le taxi traversa rapidement Paris, emprunta le périphérique et je ne savais toujours pas où nous allions. Bertille, très enjouée, monopolisait la conversation très très largement et comme d'habitude je n'avais pour toutes réponses que mes quelques mots du jour. Tout à coup, en voyant un panneau routier, mon cerveau se réveilla. "On va à Versailles! ...pour voir Jeff Koons!". "Eh oui. c'était cela ta surprise!" me répondit-elle. J'étais doublement ravi. On esquivait le Pape de la religion pour aller voir le Pape de l'Art Moderne. A Versailles, l'après-midi passa très très rapidement. L'exposition était somptueuse. Ce mélange de l'absolutisme royal inutile avec des objets contemporains totalement basiques faisait un décalage qui me convenait. De son côté, Bertille était plutôt attirée par le faste de ses ancêtres. Chacun y trouva donc son compte. Nous poursuivâmes notre excursion versaillaise dans les jardins du parc, puis par un chocolat chaud dans un petit salon de thé assez kitsch. Rentrés à Paris, Bertille nous avait fait couler, grâce à Maria, un bon chaud avant que ne débute notre longue nuit... sans le Pape.

 

10.09.2008

Sacré Jeff Koons...

jeff koons.jpgLui, le roi du kitsch qui va révolutionner Versailles ? De passage au château en juin pour présenter son exposition qui ouvre aujourd’hui, l’Américain Jeff Koons se fond dans le paysage. En apparence du moins. Un costume gris anthracite à la sobre élégance, des propos convenus : « J’espère que le public français aura le sentiment que c’est un geste généreux et joyeux » ou encore « j’aime le baroque, mes oeuvres vont trouver ici un cadre idéal. »

C’est donc là l’homme qui fit scandale dans les années 1990 avec sa série « Made in Heaven », des photos très sexe avec la Cicciolina, son épouse d’alors et ex-star du porno. Seul indice : un regard où pointe une bonne dose de malice perce chez celui qui fut un temps trader avant de devenir l’artiste contemporain le plus coté du monde « Hangin Heart », un coeur rouge enrubanné, s’est vendu 23 millions de dollars en novembre dernier.

Pour le reste, ce sont ses oeuvres qui parlent pour lui. Et dans le décor Grand Siècle du château de Versailles, elles vont faire du bruit. Une Lune de 3 m de diamètre en Inox bleu au bout de la galerie des Glaces, un homard géant suspendu au plafond du salon de Mars, un chien gonflable à côté d’un Véronèse… Les dix-sept oeuvres ici exposées une par pièce détonnent sous les ors d’un palais que certains rêveraient ancré dans sa tradition. Jean-Jacques Aillagon, le président du musée, a beau expliquer que, « sous Louis XIV, Versailles était un formidable laboratoire du goût, une maison des transformations permanentes, pas des arts codifiés », la polémique, prévisible, a lieu, entretenue par quelques orthodoxes plus ou moins légitimes. Une manifestation est prévue aujourd’hui pour perturber l’inauguration. Pourtant, on aurait tort de se priver du spectacle vertigineux que procure la découverte de « Split Rocker », une carcasse de 12 m de haut et pesant 11 t figurant une tête mi-cheval, mi-dinosaure et fleurie de 90 000 pétunias et géraniums multicolores installée au beau milieu de l’Orangerie.

En digne héritier d’Andy Warhol, Jeff Koons recycle les produits de consommation et détourne l’imagerie des stars. Aux sérigraphies de Marilyn Monroe de l’un répond le Michael Jackson en porcelaine de l’autre. La comparaison s’arrête là. Quand la Factory de Warhol accueillait qui voulait y entrer, l’atelier new-yorkais de Koons emploie plus de 80 personnes, et l’artiste âgé de 53 ans arrive tous les jours à la même heure. Définitivement sage.

« Jeff Koons Versailles », à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 14 décembre, au château de Versailles. Tous les jours sauf le lundi, de 9 heures à 18 h 30 jusqu’au 31 octobre, de 9 heures à 17 h 30 du 1 e r novembre au 14 décembre. Nocturnes tous les samedis à partir du 20 septembre, de 18 h 30 à 22 heures. Tarif : 13,50 € (prix de la visite du château). Renseignements au 01.30.83.78.89. (Sources : leparisien.fr)