16.10.2008
Dracula
La lettre est arrivée ce matin au courrier. Une lettre simple.
Avec l'entête de ma boîte. Et le tampon de la DRH.
Rien de très bon en perspective.
J'ouvrais néanmoins.
Hummm...
"Monsieur.....
Vous n'êtes pas sans savoir que la situation financière de notre société a été obérée par de mauvais choix stratégiques ces dernières années qui ont entrainé une érosion spectaculaire de notre lectorat traditionnel(...).
De plus, la crise boursière actuelle nous a particulièrement touché et nous oblige aussi à réduire nos dépenses.
Prenant acte du décès brutal de M. Henri Z... qui avait pourtant mené d'une main de maître le projet de restructuration de la maquette de notre mensuel, nous avons alors décidé de mettre en oeuvre immédiatement cette nouvelle ligne éditoriale. Elle a été confiée à notre nouvelle directrice de la publication, Mme L., par décision unanime des actionnaires.(...).
Après examen de votre dossier personnel, et suite à l'entretien préalable de licenciement que vous avez eu le 10 courant avec Mme L..., il a été décidé de la non-reconduction de votre contrat de journaliste-reporter.(...) ultérieurement au 31 octobre 2008.
Cette décision est sans appel et apparait comme la plus à même de ramener la sérénité tant au sein de notre nouvelle équipe de pigistes, qu'au niveau hiérarchique. De plus, la qualité de vos derniers papiers laissant particulièrement à désirer malgré les remarques et les demandes de réécritures faites par Mme L. , vous ne convenez plus au ton et à la proximité que nous allons mettre en place dans nos prochains numéros.
En conséquence, vous voudrez bien rapporter, d'ici la fin de ce mois, vos badges et autres effets professionnels, dans nos locaux du 15 avenue ... à la Défense.
Veuillez agréer (..).
LE DRH
Arghhhhh.... la chienne Dracula m'a tuer!
12:29 Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : travail, mme l.
08.10.2008
Le petit chat est mort
Quand cela arrrive, on est toujours assez peiné. C'est comme pour un animal familier, qui vivait à côté de soi, et que l'on croyait éternel. Et qui, un beau matin, n'est plus là pour vous lécher la main ou venir miauler à votre oreille.
"Le petit chat est mort". Vous vous souvenez de cette réplique d'Agnès dans "L'école des femmes" (acte II, scène V). Triste. Très triste. Et bien voilà, je dirais que je suis triste, très triste. Car Henri, vous vous rappelez d'Henri, est mort. Depuis le temps que je m'en doutais, à force de le voir si usé, et la cigarette quasiment greffée à la lèvre inférieure.
Henri, mon rédac-chef, ce vieux briscard de l'édition, comme j'aimais à l'appeler, est mort la semaine passée. Non pas à cause du tabac, ce qui aurait été une mort lente et difficile. Non il est mort d'un coup, sans s'en rendre compte, ont expliqué les gendarmes à sa veuve. Henri* rentrait d'un week-end en Bourgogne par les petites routes. A la nuit tombée, sur une départementale, un sanglier a traversé devant sa C3 et le choc a été rude. Sa femme n'a rien eu. Mais Henri, qui ne s'attachait plus depuis des années, à cause de son ventre proéminent, a été éjecté. Tué net. Retrouvé par les pompiers dans le fossé.
Je suis allé, c'est assez normal, à ses obsèques en Alsace qui se sont déroulées 2 jours après. Quelle rapidité! Lui qui aimait tant profiter de la vie. Il n'a guère eu le temps de rester mort. Ce qui a arrangé en fait sa remplaçante. Mme L.. Qui n'a pas pu faire le déplacement. Elle n'avait pas le temps. Du coup, je l'ai rencontré le lendemain (car j'étais convoqué!) dans "son", enfin l'ancien bureau d'Henri. Et on peut dire que la transition n'a pas traîné. A la place du fourbi habituel, tout avait été nettoyé en quelques jours de fond en comble, et les objets personnels jetés ou récupérés par la famille. Les meubles ont été changé pour du moderne, et les murs peints tout en blanc. Pas mal d'ailleurs!
Mais revenons-en à Mme L. Car je pense qu'elle vous intéresse un peu quelque part cette nouvelle "prêtresse" de l'édition.
Physiquement, c'est une belle femme brune (j'ai le droit de le dire quand même! et arrêtez d'imaginer des trucs!) de 40 ans. Mariée et 3 enfants. Professionnellement, elle a fait toute sa carrière jusqu'à présent chez un de nos concurrents et a été approché indirectement par des chasseurs de têtes depuis quelques mois. Car Henri était à 6 mois de la retraite.
Notre premier contact a bien commencé. Nous avons pu dialoguer courtoisement afin de nous présenter.
Ensuite, cela s'est gâté lorsqu'elle m'a avoué d'un air gêné qu'elle refusait mes 3 articles sur l'Amérique du Sud en instance, arguant du changement de ligne éditoriale. Elle m'a d'ailleurs montré la nouvelle maquette, sur laquelle un petit groupe de cadres du groupe travaillaient secrètement avec une agence de pub depuis 1 ans. Les reportages à l'ancienne sont visiblement terminés. Désormais nous devrons coller au plus près à l'actualité. Un plan social a même été prévu "en raison des surcoûts de la masse salariale".
C'était à prendre ou à laisser. J'ai pris. Sinon c'était la porte! Mais la pilule est amère. Et j'ai bien l'impression que je vais devoir désormais composer avec une petite nièce de Dracula. Tellement elle a les dents longues et le sang-froid! Brrrr!...
Jusqu'à quand le félin que je suis va t-il tenir professionnellement?... car la guerre semble bien déclarée...

09:34 Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : travail, henri, mme l., amérique du sud


